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« Qui connaît un village ne connaît personne, qui connaît une personne connaît tout le village »

jeudi 5 juin 2014, par Administrateur

Burkina Faso Novembre 2013

« Qui connaît un village ne connaît personne, qui connaît une personne connaît tout le village » proverbe cité par Orokia, princesse de Cassou

Cela a commencé par le désir de voyager autrement. Cette pensée encore confuse s’est concrétisée de façon inattendue, quand, par un heureux hasard, Y., de passage à Strasbourg, m’a proposé (ce n’était pas la première fois) de venir la rejoindre au Burkina. J’ai accepté tout de suite sans me poser de questions.

Premières impressions : il est 17h30, il fait nuit et il fait chaud mais aussitôt je repère le visage d’Y. venue m’attendre à l’aéroport et je fais la connaissance de D., alternativement entrepreneur et chauffeur. L’accueil est inoubliable : arriver en terre inconnue et déjà des sourires s’affichent et des bras m’enserrent.

D. va nous conduire à travers la circulation intense de Ouagadougou, un flot de vélos, de motos, de voitures, jusqu’à la maison de son frère où nous passerons deux nuits.

Je suis immédiatement secouée par des sensations diverses très fortes qui sont en partie liées à mon enfance algérienne. J’ai conscience d’être dans un pays dont j’ai tout à apprendre et, simultanément, une impression de familiarité me saisit.

Une semaine plus tard, alors qu’Y. et moi rendons visite à une famille et que, pénétrant dans la cour, je perçois en un éclair la misère, le quotidien fait de tâches minuscules, répétitives et indispensables et derrière le regard scrutateur des enfants, un avenir incertain, je me sens tout à coup accablée.

Nous buvons une Brakina, la bière locale, à proximité du marché pour mieux supporter la chaleur, la poussière et ce saisissement inattendu.

Il me faut un certain temps pour effacer ces images de mon esprit ou plutôt admettre que ce seuil vital minimum a une dimension qui reste inaccessible à un esprit occidental. Au désir inépuisable d’acquérir des richesses matérielles, ce qui est quasiment impossible pour la plupart des gens que j’ai rencontrés à Léo, se substitue la valeur accordée aux échanges sur le plan humain. Les Burkinabés que j’ai pu observer ne courent pas. Si nous croisons, de jour comme de nuit, le long des routes, des marcheurs, des cyclistes ou des charrettes tirées par des ânes, signes d’une activité intense et ininterrompue, ces déplacements se font sans hâte et donnent lieu à des rencontres, à des gestes de solidarité (prendre en charge l’enfant d’autrui ou partager un fardeau trop lourd). Le temps ici est différent. Rien ne presse. Tout peut attendre.

Certes, il y a des urgences, des rendez-vous à respecter. Au dispensaire ou à la consultation de nourrissons, les patients ou les mères peuvent attendre longtemps leur tour mais ils sont là, immobiles et confiants, à juste titre. L’urgence et l’inquiétude, nous en avons été témoins Y. et moi, lorsque nous avons transporté du dispensaire à l’hôpital un enfant qui faisait une crise de paludisme aiguë. Sous l’effet des calmants, il s’endormait et sa mère qui tenait la perfusion d’antibiotique, l’appelait et le secouait, comme si son sommeil signifiait une mort imminente.

Je voudrais revenir à la façon dont se font les échanges humains. Chez les L., bien que le portail soit fermé (mais non pas verrouillé), à tout moment de la journée on peut entrer. Les visiteurs viennent s’entretenir avec leurs hôtes. Tout d’abord, les longues salutations rituelles, puis le verre d’eau offert et les conversations qui suivent un fil parfois un peu énigmatique. La plupart du temps, le visiteur a une idée précise de ce qui l’a conduit jusqu’à cette terrasse ombragée et généreuse mais il ne peut en parler d’emblée, peut-être même n’en dira-t-il rien. Les méandres de la conversation suivent les affaires locales, la santé de la famille, la politique, le réchauffement climatique mais parler de soi, formuler une demande personnelle sont des démarches qui n’ont rien de spontané et passent par toutes sortes de détours.

On ne peut tout évoquer mais en ce qui concerne le domaine religieux, la majorité des Burkinabés est musulmane, j’ai noté, d’après ce que j’ai pu observer, que l’appartenance religieuse ne nécessite pas que l’on exclue ceux qui ne sont pas du sérail, ni n’interdit les mariages interreligieux. Néanmoins, il existe un intégrisme religieux, encore en retrait semble-t-il.

Quant aux pratiques coutumières, omniprésentes, elles ne s’exposent pas nécessairement aux yeux des étrangers. Cependant, durant mon séjour, jai lu dans L’Indépendant, journal burkinabé plutôt progressiste, un article sur l’excision, intitulé “Une pratique culturelle nuisible”. Or la semaine après mon départ s’est tenu à Léo un colloque sur l’excision. Elle est officiellement interdite mais se heurte à une omerta des tenants du droit coutumier. Le fait que les chefs de village y ait participé est un signe positif car leur autorité l’emporte sur celle du législateur, notamment dans les villages éloignés. Mais c’est un sujet qui n’a jamais été abordé en ma présence.

Après ce récit très incomplet de mes premiers contacts avec le Burkina Faso, je voudrais surtout rendre hommage à mes hôtes, à leur engagement, à la façon dont ils m’ont accueillie, me faisant rencontrer leurs amis et découvrir leurs activités.

J’ai apprécié qu’ils me fassent part de leurs tracas et de leur fierté pour les oeuvres accomplies quant aux soins, à l’éducation et à la prévention. J’ai été impressionnée par la compétence de G., l’infirmier, auprès des nourrissons et jeunes enfants malnutris et par sa douceur avec les enfants du centre qui accueille de jeunes handicapés pour leur permettre d’accéder à un niveau scolaire que les écoles surchargées ne peuvent leur procurer. J’ai pu observer les élèves de CP1 de l’école du secteur 4 dont M. Somé est le directeur. Les 90 élèves, garçons et filles, étaient guidés par un jeune maître bienveillant et malgré les conditions difficiles dans lesquelles se déroulaient cette classe surchargée, j’ai constaté la soif d’apprendre de ces enfants et le respect de l’adulte et de la discipline imposée.

Parmi les gens que j’ai rencontrés je mentionnerais Yacou dont j’ai goûté avec délice la cuisine et dont j’ai pu admirer le sang-froid et l’habileté à manoeuvrer son véhicule sur les pistes hasardeuses du parc de Nazinga. J’ai aimé le visage souriant de M. à la main verte et pourtant échappée de justesse à la mâchoire d’un caïman.

Je me souviens aussi de l’expression de fierté et de joie du tailleur surnommé le chat (qui a failli devenir un footballeur de renom) lorsqu’il pose pour la photo, entouré de ses deux filles qu’il a élevées plus ou moins seul.

J’ai été particulièrement attentive aux discussions sur la politique, les récits héroïques du temps de la révolution (1983) et l’avenir du pays. Et plus encore aux échanges avec les femmes que j’ai croisées, notamment la princesse Orokia qui mène de front son travail de secrétaire, son maquis, paillote où l’on peut se restaurer et se désaltérer, où nous avons souvent déjeuné d’un riz-sauce, et l’entretien de ses enfants, petits-enfants et nièces.

Merci à toutes et tous et plus particulièrement à Yaya, Sanata et leurs enfants qui, à l’arrivée comme au départ, nous ont offert le gîte et le couvert et, davantage encore, leur amitié.

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