Solidarité Burkina
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22 décembre 2011 - Discours Laurent Ladrée président honoraire de l’association Solidarité Burkina lors de la cérémonie d’intronisation à Leo

mercredi 11 janvier 2012, par Administrateur (Date de rédaction antérieure : 11 janvier 2012).

"Monsieur le Haut Commissaire de la province de la Sissili,

Monsieur le Maire de la commune de Leo,

Autorités judiciaires de la province,

Madame le Secrétaire Général de la province,

Monsieur le Préfet du département de Léo,

Autorités coutumières et religieuses,

Autorités militaire et para militaire,

Mesdames et messieurs les Directeurs et chefs de service,

Honorables invités venus de Bobo-Dioulasso et Ouagadougou,

Mesdames et messieurs les responsables de projets, ONG et associations de développement,

Population de Léo,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Je voudrais vous remercier sincèrement pour l’honneur que vous me faites aujourd’hui en m’introduisant dans la chefferie de Léo, en honorant par là-même l’association Solidarité Burkina que j’ai fondée il y a plus de quinze ans et qui œuvre au Burkina Faso et en particulier à Léo.

En ce jour spécial je pense à mes ancêtres à mon petit village de France ou je suis né dans la maison paternelle entouré des miens aujourd’hui quasiment disparus à l’exception de ma maman à qui je dédie cette intronisation. A cette époque, nous n’avions pas de route bitumée, pas de tracteur ni d’automobile.

J’ai vécu au milieu des vaches, des poules, des canards et de nos deux chevaux, je participais à la vie de la ferme, gardant les vaches, les soignant, participant aux travaux des champs à la seule force de mes bras et à la volonté que je forgeais chaque jour davantage. J’ai appris beaucoup au contact des ancêtres. Je garde de cette époque le souvenir ému d’une vie simple, difficile certes mais où chacun savait ce que veut dire le mot solidarité. L’école Républicaine Française nous a permis de devenir ce que nous sommes. La vie a évolué pour moi et certains de mes frères mais j’ai tenté de garder à l’esprit en permanence les règles de conduite que mes ancêtres se sont appliquées et ont su m’inculquer : le respect des autres et de soi-même, la solidarité, la liberté de conscience, l’équité, le partage, la laïcité c’est-à-dire le respect de la liberté de conscience pour tous et le droit pour tous aux soins, à l’éducation et à l’intégration sociale par le travail correctement rémunéré. J’ai essayé de vivre ces principes dans ma vie familiale, sociale et professionnelle, politique et associative.

Je suis venu au Burkina Faso il y a une vingtaine d’années envoyé en mission par l’alliance radicale européenne. Curieusement en visitant officiellement six provinces du Faso j’ai redécouvert des similitudes avec mon passé d’enfant et je dois le dire, j’ai pensé que je pouvais sur cette terre, à des milliers de kilomètres de chez moi honorer mes ancêtres en œuvrant à ma mesure pour le développement de ce pays.

C’est alors que j’ai créé Solidarité Burkina avec un petit groupe d’amis. Monsieur le Haut Commissaire vous en avez retracé les activités et je vous en remercie.

J’ai rencontré alors celui qui m’a initié à ce pays, accueilli sous son toit et encouragé à poursuivre nos actions, je veux parler de mon frère Yaya Sory qui m’a supporté au double sens du terme pendant tant d’années. Si bien que je peux affirmer aujourd’hui que nos deux familles sont unies dans une indéfectible fraternité, honneur à toi Yaya. Ces actions de solidarité débutées à Ouaga au collège Marie Curie de notre ami Harouna Toguieni se sont poursuivies à Manga, Ouargaye….et à Ouaga. Yaya Sory m’a fait rencontrer Mamadi Napon . C’est cette rencontre qui m’a permis de découvrir Léo votre commune alors paraissant si lointaine - 4 à 5 heures de pistes pour parvenir jusqu’à vous - tout un périple pour l’européen que je suis. Merci à toi Mamadi.

Introduit ici par Mamadi Napon qui devint mon logeur durant de longues années, j’ai pu rapidement apprécier ce petit coin du monde où il y a très longtemps s’était installée une colonie française qui vantait déjà les mérites de cette terre. Entre parenthèse, fut enterré au cimetière français de Léo, le petit fils de notre grand écrivain Victor Hugo.

Deux fois l’an et ce depuis quinze ans, mon épouse et moi-même avons liés des amitiés sincères et respectueuses des us et coutumes de cette ville et de sa région.

Merci à Yacouba Diakité, votre maire, pour son accueil et ses visites en France. Merci à votre chef de village Mr Rigobert que j’ai connu dès mon arrivée et qui a eu la gentillesse, à la demande de Madame Orokia Koindat Diasso, Présidente de l’APESD et de son bureau, d’interférer auprès du chef de terre pour cette intronisation qui m’honore, je sais, Excellence, la force de votre autorité bienveillante et le travail que vous accomplissez pour le bien de votre village et les efforts que vous faites pour créer à Leo plus de lien social et plus de richesse collective et individuelle. Vos actions méritent respect et considération. Dans ces remerciements je tiens à saluer le travail effectué par les hauts commissaires qui se sont succédés , mon ami Mahamadi Bembanba avec qui j’ai eu un parcours fort intéressant, ainsi que Mr Bassié et Mr Nabalé et vous, Monsieur Le Haut Commissaire. Nous nous connaissons de fait depuis peu, mais je sais que nous pourrons mener quelques actions pour le bien de Léo.

Nous poserons toute à l’heure la première pierre d’un centre d’accueil , d’éducation et de formation pour enfants et adultes démunis de la région de Léo. Ce centre devrait ouvrir officiellement en septembre/octobre 2012. Déjà une convention nous lie au centre de soins des Sœurs de l’Immaculée Conception dirigé par mon amie Sœur Félicité que je salue respectueusement et félicite pour les actions incessantes qu’elle mène avec son équipe soignante.

Je remercie l’Etat français en particulier Monsieur le Ministre De Raincourt, ministre de la Coopération internationale et son Chef de cabinet Madame Friga Noye pour l’aide substantielle qu’il nous a accordée pour le Centre. Je remercie aussi la région Bourgogne et son Président mon ami François Patriat pour une autre subvention. Je serais fier qu’un jour le Maire de Dijon François Rebsamen vice Président du Sénat et son premier adjoint Alain Millot puissent avec la ville de Leo signer une convention de jumelage. Elle aurait pour intérêt de toucher tous les secteurs, écoles, hôpital, dispensaire, culture. Je mettrai tout en œuvre pour que cela se fasse.

Je remercie mon très cher ami Alain Soreil peintre de renommée internationale pour son dévouement à notre cause ainsi que les amis de Bobo, Ouaga, j’excuse mes frères de Ouaga qui n’ont pas pu être là pour diverses raisons et je fais un salut particulier à mon ami Charles Tiao et à son épouse qui eux aussi m’ont accueilli avec tant de gentillesse et instruit de la culture africaine. Merci à mes frères, je leur fais une chaleureuse accolade. Merci à mes parents, amis français qui sont ici et à ceux qui sont restés aux pays pour leur soutien quotidien dans la lutte que nous menons pour faire avancer nos actions de solidarité, sans eux peu de choses auraient pu se faire. Merci à la Directrice Générale de l’Acodège et à son Président pour leur soutien financier. Enfin je remercie mon épouse Yvette pour son dévouement et sa patience à mon égard. Dans les moments difficiles, elle est toujours là depuis 40 ans pour m’épauler voir me dépasser (en plus elle va plus vite que moi en vélo). Par ailleurs, je remercie tous les organisateurs et la presse. Merci à tous les membres de l’APESD qui ont organisé la manifestation. Je remercie la Présidente de l’APESD Orokia Diasso Koinda pour son dévouement et son altruisme infatigable : elle sait faire le lien entre nous, la population et les administrations, sans relâche, elle nous a accompagné dans nos actions et, à la présidence de l’APESD, elle n’a cessé d’œuvrer pour améliorer la situation et aider son prochain. Merci Orokia pour ton investissement et ta gentillesse.

A titre personnel, je souhaiterais revenir une dernière fois sur l’intronisation proprement dite et m’adresser aux chefs coutumiers et à la population. Je leur fais savoir que n’étant pas toujours présent à Léo, je délègue pour me représenter auprès de la chefferie : Nébié Yacouba, Napon Adamo,Cisao Daouda, j’ai confiance en leur sagesse et en leur probité.

J’ai une grande pensée pour le Chef de terre, garant des coutumes et traditions de cette terre de Léo, qu’il lui soit rapporté toute mon affection et mon dévouement, qu’il me donne la force d’instruire les visiteurs français des traditions de ce pays et du respect qui leur est dû. Votre Excellence, Monsieur le chef de village, je souhaite que nos différences apparentes et réelles soient un atout pour le développement de votre ville dans la complémentarité de nos actions. Je salue les diverses délégations de la chefferie et les assure de notre respect. A bien des égards, nos traditions sont proches voire identiques. Nous, Français, les avons parfois oubliées poussés par une évolution qui souvent dépasse le bon sens et déshumanise notre société. Nous avons cru à juste titre qu’il suffisait que nous mettions au fronton de nos mairies : liberté, égalité, fraternité, laïcité pour que cela suffise à œuvrer pour un monde plus juste, plus fraternel. C’est oublier un peu vite qu’une nation est faite d’hommes , de communautés humaines qui ont un passé. Sans tenir compte de ce passé, de ces enseignements acquis au cours des siècles, on ne peut pas construire d’avenir solide, du moins au niveau de l’organisation humaine et de la solidarité.

Me revient à l’esprit cette légende ancienne concernant les Kassera de la province du Nahouri : à cette époque les Kassera dépendaient de la chefferie de Naroga dans le Gambagaau Ghana actuel, Doulou et Wongo désiraient devenir les chefs du village. Un jour, ils se mirent en route pour aller voir celui qui pourrait les désigner comme chef de leur village. Doulou était bien portant, Wongo, handicapé malhabile. Ils se mirent en chemin dans la brousse. Doulou, le bien portant, traversait la brousse sans problème alors que Wongo avançait avec peine. Doulou, le premier rencontra une vieille qui transportait du bois pour Naroga où se rendaient Doulou et Wongo. Elle demanda de l’aide à Doulou ; celui-ci, pressé par le désir de devenir chef, ne l’aida pas, quand Wongo arriva, fatigué, la femme lui fit la même demande. Wongo bien qu’harrassé prit la charge de bois et l’emmena sur ses épaules jusqu’au village. Quand ils arrivèrent, le chef de village se préparait à remettre la chefferie à Doulou. La vieille femme qui était la maman du chef lui demanda de réfléchir à qui méritait le plus, de Doulou ou de Wongo, la chefferie. Après réflexion, le chef donna la chefferie à Wongo en disant : « L’homme qui est capable de diriger un village est un homme qui a pitié de ses habitants ».

Cette histoire démontre, s’il en était besoin, des qualités nécessaires à la chefferie. Vous avez ces qualités et vous continuerez en osmose avec les autorités de ce pays à la compréhension nécessaire de la population.

De mon côté, j’ai essayé modestement ma vie durant, et je continuerai, à instruire mes compatriotes des us et coutumes de ce pays et en particulier de cette région de Sissili où je me suis installé, où vous avez eu la bonté de m’accepter avec mon épouse et ma famille.

Nous continuerons, avec plus de forces encore, à mener des actions de solidarité avec le seul bénéfice du travail en commun bien fait et continu.

Chère population, dans vos différences, nous sommes avec vous, dans vos joies et vos souffrances, nous continuerons à essayer sans faiblesse d’agir à vos cotés pour un monde plus juste et plus fraternel. Si les pierres que nous posons avec vous sont parfois lourdes à transporter, si le ciment manque, nous avons ensemble la volonté de construire notre bonheur commun.

Quand la route sera terminée, je rejoindrai ancêtres et amis disparus dans la voûte céleste. Espérons que d’autres continueront l’œuvre d’une humanité plus juste, plus éclairée, pour faire de cette terre de Léo un paradis.

Persévérons, persévérons, persévérons pour que vive Leo, vive le Burkina Faso, vive la France et l’amitié franco burkinabé

J’ai dit "

Le 21 /12/2011

Laurent LADREE

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